Enfants délinquants, parents coupables

Enfants délinquants, parents coupables

Enfants délinquants, parents coupables. Le raccourci est facile et l‘effet médiatique est garanti. J’ose espérer, car je suis d’une nature optimiste et parfois naïve, que la proposition de loi visant à sanctionner par la prison les parents d’enfants délinquants n’est pas la volonté du gouvernement mais l’ânerie d’un député.

Cette proposition de loi me choque (notamment) pour deux raisons:

- les actes de délinquance ont été commis par les enfants et dans toute démocratie digne de ce nom, on ne peut être condamné pour un crime que l’on a pas commis, même si un lien de sang existe avec son auteur.

- comment peut-on croire que des parents, aussi doués soient-ils, puissent contrôler tous les faits et gestes de leurs enfants en 2010 ?

Une telle loi pourrait conduire à deux types de comportements parentaux catastrophiques dans les quartiers les plus difficiles : soit ne plus vouloir laisser sortir son enfant, soit l’abandonner une bonne fois pour toutes afin de ne pas « payer » pour lui.

Admettons qu’il existe des parents négligeant qui encouragent volontairement ou involontairement leurs enfants à ne pas respecter la loi et à récidiver, ils ne représentent qu’une infime minorité et sont eux aussi probablement des délinquants. Alors pourquoi inventer une nouvelle loi si ce n’est pour l’effet médiatique que l’on compte en retirer ? En l’occurrence ici adresser un nouveau message à l’électorat extrémiste en reprenant une proposition du FN.

Je pense qu’une politique de lutte contre la délinquance doit à la fois sanctionner les coupables (les vrais) et s’attaquer aux sources de l’insécurité en multipliant les dispositifs de prévention. Force est de constater que seule la répression semble être digne d’intérêt aux yeux du député Ciotti. Pour éviter de telles dérives à l’avenir, et si j’avais le privilège de faire le loi, je demanderais que pour chaque euros supplémentaire consacré à la sécurité, une somme identique soit allouée aux dispositif de prévention. Une manière à mes yeux de garantir une politique de lutte contre l’insécurité qui s’attaque aux racines de la délinquance sans se limiter à la partie médiatique et électoraliste du problème.

Fabien Robert

2 Commentaires

  1. Olivier
    01/08/2010 at 08:17

    je crois aussi que l’on a supprimé un peu trop vite les autres cadres alternatifs qui existaient, en dehors de la dualité famille / école.
    en vrac pour ma propre expérience :
    – dès 10 ans, au Collège, j’apprenais à faire un journal ronéotypé, on créait le Club-nature pour aller nettoyer la forêt de Lège… il y avait des animateurs / éducateurs pour cela
    – dès 15 ans, au Lycée, j’étais projectionniste du Ciné-club, je m’occupais du Foyer socio-éducatif, entièrement géré par des élèves, qui organisait débats sur les sujets de société, pièces de théâtres, week-end ski, fêtes… gérait les répétitions de groupes de musique, il y avait des “surveillants” pour cela
    – dès 16 ans, au lycée voisin, j’allais à l’aumônerie où l’on jouait de la musique, on organisait des diaporamas (!), on parlait des heures avec Jean (un dominicain extraordinaire) de tout sauf de religion !
    – mon grand-père, à Sainte Foy la Grande, animait le Club Agaliao où les ados venaient passer leurs mercredi, leurs samedi, pour bricoler, parler, apprendre la cuisine, le macramé ou faire des trucs en cuir (c’était l’époque 🙂
    – à l’Amicale laïque du Grand parc, il y avait des enseignants “mis-à-disposition” et des éducateurs qui faisaient de l’animation culturelle, du rattrapage scolaire…
    – au Service militaire on croisait encore d’autres possibilités de rencontres et de formations

    Tous ces circuits parallèles n’existent plus. Ils appartiennent à une autre époque et je ne pleurerais pas le Service militaire, pour ma part ! En 20 ans, toutes ces opportunités ont été balayées par la quête de l’efficience à tout prix, les réglementations stupides et les réductions budgétaires successives. Et l’on continue encore à réduire le nombre d’enseignants, à réduire les budgets des associations, à supprimer les réseaux sociaux existants… mais on trouve des budgets pour la répression, l’administration, la bureaucratie…

    Ces circuits offraient pourtant des CADRES différents, alternatives aux échecs scolaires ou/et familiaux, comme autant de perches tendues que l’on pouvait saisir. Il n’y avait pas ces mots-là, mais naturellement c’était trans-générationnel, solidaire, social…
    Je constate pour ma part que sans ce parcours “bis”, mené en parallèle à mes activités scolaires et familiales, je n’aurais jamais créé mon entreprise.

    Au lieu d’envisager les choses dans le dyptique “prévention / répression”, je crois qu’il faut remettre en place des alternatives positives souples qui permettent à un gamin de trouver d’autres pistes, explorer d’autres chemins que celui de la “rue”.

    Je ne sais à qui doit incomber cela (éducation nationale, équipements socio-culturels, associations…) mais je crois que cela est urgent. Les fractures sociales vont grandissant, les ghettos s’affirment, et ce n’est pas en encombrant les prisons que l’on résoudra la question…

    Et qu’on ne me dise pas que cela coûterait trop cher : on a su en 20 ans tripler le nombre de bureaucrates…

  2. 02/08/2010 at 13:36

    Olivier, comme souvent, je partage ton opinion. Tous ces dispositifs alternatifs (dont j’ai moi aussi bénéficié) sont essentiels à l’éducation/socialisation d’un ado.

    Je viens de terminer de lire les travaux de Putnam qui démontre dans les années 90 (en Italie et aux USA) que la performance institutionnelle (sous toutes ses formes : démocratie, éducation…) est directement fonction du capital social d‘une communauté (réseaux sociaux, vie associative…). Les Etats américains qui ont su préserver ce capital social ont de bonnes écoles, une vie démocratique forte, peu de délinquance… Bref, comme d’autres avant lui il valorise le capital social, notion devenu presque grossière à côté du capital tout court…

    Au plaisir d’en reparler autour d’une bière.

    Fabien

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