Etats-Unis (VIII) - Derrière la balance, la mort

Etats-Unis (VIII) – Derrière la balance, la mort

A la Cour Suprême de Louisiane

A la Cour Suprême de Louisiane

La peine de mort. Un sujet sur lequel nous nous sommes tous interrogés un jour, soit en lisant «L’exécution » de Robert Badinter comme mon collègue Pierre-Yves Bournazel* ou bien simplement en écoutant l’actualité. Souvent cette interrogation aura duré quelques heures, quelques jours tout au plus et abouti sur une position claire.

Pour ma part, c’est lorsque j’étais au lycée que ce sujet m’a occasionné d’intenses réflexions, faisant appel aux fibres les plus profondes de ma conscience. Je suis contre le peine de mort et je me suis depuis rarement réinterrogé sur les fondements de cette position.

Mais en rencontrant Greg G Guidry, l’un des 7 juges de la Cour Suprême de la Louisiane, cette réflexion fondamentale revient à la surface avec ce qu’elle implique d’incompréhension et de cruauté. L’évocation de ce sujet dans l’enceinte même de son existence avec un juge qui a rendu cette sentence me glacera le sang à plusieurs reprises.

En Louisiane, les auteurs de crimes capitaux seront très souvent condamnés à la peine capitale. Une fois la décision rendue, les condamnés à mort sont conduits à Angola, une prison-ville qui compte des milliers de détenus. Les nombreux recours possibles permettent généralement aux condamnés de passer une quinzaine d’années dans sa cellule avant de se voir administrer la peine capitale par une injection létale. En Louisine, il y a moins d’une exécution par an et la peine de mort est de moins en moins utilisée, la prison a vie lui étant souvent préférée.

Si l’objet de notre rendez-vous avez été de convaincre ce juge d’abolir la peine de mort, et bien que cette décision appartienne au législateur, voici ce que j’aurais aimé lui dire, me souvenant du magnifique discours de Robert Badinter devant l’Assemblée Nationale abolitionniste en 1981.

Le peine de mort n’est pas dissuasive pour les criminels. Toutes les statistiques dans ce domaine montrent l'absence de lien entre la peine de mort et l'évolution de la criminalité. Dans le cas d’un crime passionnel, l’évocation d’une peine, qu’elle soit de mort ou perpétuelle, ne changera rien à l’attitude de l’homme qui tue. Dans le cas du vrai criminel, celui qui exécute de sang froid en ayant préalablement pesé tous les risques, il est convaincu de sa réussite et n’envisage pas une seconde de se retrouver devant la justice.

Aux Etats-Unis, la peur du terroriste participe au maintien de la peine capitale. C’est absurde. Si il est bien une catégorie de criminel que la mort ne saurait faire reculer, c’est bien le terroriste, le plus souvent désireux de mourir en martyr.

En Président de la Cour Suprême de Louisiane !

En Président de la Cour Suprême de Louisiane !

Accepter le peine de mort, c’est faire deux erreurs

: croire que la justice est parfaite, qu’elle ne se trompe jamais et que les criminels sont toujours responsables de leurs actes.

Accepter le peine de mort pour les crimes de sang, c’est reconnaître la loi du talion. Or le progrès dans nos sociétés commence toujours par l’interdiction d’une justice de la vengeance.

Accepter la peine de mort, c’est accepter qu’un Etat dispose du droit de vie ou de mort des ses citoyens. Y compris quand le chef de l’Etat dispose du droit de grâce qui confirme le parallélisme avec le pouvoir divin du souverain. Dans cette acceptation, la peine de mort est l’attribut d’un système totalitaire. Aucun homme, fusse-t-il juge, ne peut décider du droit de vie ou de mort d’un autre homme. C’est pour cela que les êtres humains les plus cruels et les plus dangereux doivent être enfermés à vie.

« Créer une justice parfaite pour un monde imparfait », telle est la motivation du juge Guidry. Je ne peux qu’être d’accord avec cela mais je pense qu’une justice parfaite doit commencer par corriger les erreurs de ce monde et non reproduire la plus infâme des barbaries : la mort.

Non classé

Fabien Robert

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