L’humanisme radical, le volontarisme gaulliste

L’humanisme radical, le volontarisme gaulliste

chaban« Une Société libérée, celle dont nous rêvons, une société qui, au lieu de brider les imaginations, leur offre des possibilités concrètes de s’exercer et de se déployer ».

Qui pourrait croire que cette phrase fut prononcée il y a 40 ans par Jacques CHABAN-DELMAS ? Alors Premier Ministre de POMPIDOU, il plaide, quelques mois après mai 1968, pour une société libérée, généreuse, jeune et imaginative lors de son discours sur la Nouvelle Société.

J’ai assisté mercredi dernier au colloque « La Nouvelle Société : un projet pour demain ? » à l’Assemblée Nationale. Plus de 200 personnes et surtout une tribune exceptionnelle : Jaques DELORS, Alain JUPPE, Xavier BERTRAND, Michel ROCARD, Marie-France GARAUD, François BAYROU…

Moi qui n’ai pas connu Chaban, à cet instant je suis fasciné par le caractère visionnaire de son discours.

Alors que les gaullistes parlent exclusivement « d’Etat », il sera le premier à introduire dans le discours politique cette notion de société. Il croit en l’intelligence citoyenne et pose les prémices de la codécision au travers de la participation. A ce titre, il apporte LA vraie réponse aux événements de mai 1968. Ce discours, cette vision, sera le véritable « antidote à l’explosion de notre société » (Michel ROCARD).

Chaban prononce un discours d’ouverture - la vraie ouverture, pas celle que l’on observe tous les jours…- alors même que l’UDR vient de remporter haut la main les élections législatives. Il considère en effet qu’il faut réconcilier la France. Celui qui est de l’autre côté du mur, aussi petit fusse-t-il (100 députés de gauche sur 500 en 1969), n’est pas un ennemi. Comme l’a rappelé François BAYROU, Chaban était un sportif, respectueux de son adversaire.

Le dialogue avec la gauche est d’autant plus affirmé par Chaban qu’il considère qu’il existe une frontière politique « invisible » sur l’échiquier qui passe au milieu du PS.

Comment ne pas voir là une ressemblance avec cette social-démocratie qui m’est chère ? Une grande formation politique qui irait de la droite sociale aux socialistes réformateurs, en passant par les démocrates et les écologistes: voilà qui est audacieux pour l’époque et toujours aussi nécessaire aujourd’hui.

Chaban, c’était aussi le pragmatisme et la connaissance du terrain. Un ancien député du blayais me glissait lors de ce colloque que JCD connaissait par cœur cette circonscription pourtant si éloignée de Bordeaux.

Il est impossible de définir cette homme en une formule. Pourtant, son fils Jean-Jacques aura ce mot : « Mon père était une synthèse entre l’humanisme radical et le volontarisme gaulliste ». Je la trouve parlante.

Je crois au fond que la première ambition de Chaban était de nous rendre heureux. Sa sobre élégance, autant que son sourire charmeur, répendaient le bonne humeur. Ses actions, tant à Bordeaux que pour la France, ont toujours visé à réconcilier le citoyen et l’état, en dépassant les clivages partisans et en cherchant le mieux être.

Il serait bien prétentieux pour un parti ou un homme de s’approprier cet héritage. Pour ma part, je l’admire. J’y vois ici une raison supplémentaire pour expliquer le frisson républicain qui m’envahit à chaque fois que je pénètre dans la salle du conseil municipal et que je m’assieds à ma place, face à un fauteuil occupé pendant un demi-siècle par Jacques CHABAN-DELMAS.

Fabien Robert

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Fermer
%d blogueurs aiment cette page :