SUD OUEST 17/11/2009 - In Cité, la vérité.

SUD OUEST 17/11/2009 – In Cité, la vérité.

InCité se prend les pieds dans la communication

POLÉMIQUE. La société d'économie mixte est sous les projecteurs. Elle ne traîne aucune casserole, sinon quelques couacs, et avoue, face aux critiques, un manque de pédagogie

Christine Hengen, responsable du logement, avec Alain de Chilly, directeur d'InCité (Photo Archives Philippe Taris)«On ne peut pas faire notre boulot tranquillement, sans être épié, surveillé, jaugé. » Christine Hengen, assistante sociale et responsable du relogement à InCité, estime qu'elle a « seulement fait son boulot ». InCité est une société d'économie mixte (SEM) dont les actionnaires principaux sont la Ville de Bordeaux, la CUB, la Caisse des dépôts et consignations, la Caisse d'Épargne et la CCI. Elle bénéficie de l'argent public, elle est donc logiquement placée sous le regard des citoyens, des acteurs sociaux et politiques.

À la fin du mois d'octobre, deux anciens combattants marocains ont été relogés par Christine Hengen dans un hôtel de la rue de la Fusterie. Ces deux hommes vivaient rue Malbec où ils payaient leur loyer, dans un immeuble appartenant à InCité, destiné à être réhabilité. La vocation d'InCité est de mener le programme de renouvellement du centre historique de Bordeaux dans le cadre d'une convention publique d'aménagement. Matthieu Rouveyre, élu de l'opposition socialiste, a été informé du déplacement des deux hommes, l'occasion était trop belle. Le déplacement est devenu « expulsion ».

Matthieu Rouveyre avait démissionné de son poste au sein du conseil d'administration d'InCité quelques jours avant. Il s'est emballé. A réalisé une interview des deux hommes avec un traducteur, l'a inscrite en ligne sur son blog, provoquant le buzz, repris par les médias nationaux, sous le titre « expulsion de deux anciens combattants à Bordeaux ». Alain Juppé a vu rouge. Il a hurlé au « coup médiatique mensonger », précisé « qu'il n'y a pas eu d'expulsion » et souhaité « le rétablissement des faits, car, a-t-il conclu, il n'y a pas eu de bêtise de la part d'InCité ».

Quelle bêtise ?

« Je n'étais pas obligé d'agir ce jour-là, je l'ai fait par conscience professionnelle. Les deux locataires m'avaient alertée sur le fait que l'immeuble hébergeait un squatteur connu des services de police, ils avaient peur. Je n'avais pas de traducteur, sinon un ouvrier qui posait une porte blindée et parlait marocain, se justifie Christine Hengen. Ils n'ont peut-être pas compris ma démarche. »

Matthieu Rouveyre quelques jours après l'affaire qu'il a provoquée admet qu'il n'y a pas eu « expulsion ». Il préfère le terme « délogement abusif » et profite de cette histoire pour dénoncer « la chasse aux pauvres » d'InCité et soutient que la SEM « n'a pas les moyens de remplir son objectif de création de logements sociaux publics, d'où ces dérapages. Le social est devenu un alibi de bonne conscience. » S'il a démissionné d'InCité c'est, dit-il, « parce que nous n'avons aucun pouvoir ».

Alain de Chilly, directeur de la SEM se révèle secoué par la polémique. Il confirme le fait que la société a fait son travail « normalement » auprès des locataires. Et pourtant admet ceci : « InCité perd de l'argent sur les opérations de logement social. Elles nous coûtent très cher en centre historique et nous manquons d'argent public pour les réaliser comme nous devrions. »

Mauvaise réputation ?

S'il entend les critiques concernant la « mauvaise réputation » d'InCité, il les explique par une « mauvaise communication. Nous n'avons pas fait assez de pédagogie », lâche-t-il.

Selon lui, le « point noir » de la SEM, outre les opérations de logement social onéreuses, tient à la situation des propriétaires occupants, contraints par un cahier des charges imposé, à se surendetter pour réaliser des travaux auxquels ils n'étaient pas préparés. « C'est un vrai souci, je le dis à la mairie, les aides sont insuffisantes. Il faudrait plus de financements publics. On est prêt à discuter au cas par cas, c'est le seul moyen. »

Parfois certaines discussions avec des propriétaires occupants récalcitrants ont tourné court. Faute de moyens pour répondre aux contraintes d'InCité, certains ont dû se résigner à vendre, contre leur gré et... à des prix tirés vers le bas. Alain de Chilly répond : « Nous n'avons pas vocation à faire de l'argent, mais nous devons en perdre le moins possible. »

Quoi qu'il en soit, malgré des couacs avérés, une association anti InCité trop échevelée pour être crédible, la communication laisse à désirer, y compris entre protagonistes. Malgré aussi une réputation « d'incitation à la gentrification », la chambre régionale des comptes, qui a mis son nez dans les petits papiers d'InCité, n'a rien révélé de malodorant.

Sinon pointer une difficulté à assurer son rôle social dans un contexte général difficile. Ou encore souligner une lente mutation de la sociologie dans le centre historique. Pas forcément dans le sens d'une mixité sociale, ou alors... à tendance « bobo ».

Auteur : ISABELLE CASTÉRA i.castera@sudouest.com

Fabien Robert

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