Mémoire positive à Saint-Michel - Sud Ouest du 10 mai 2008

Mémoire positive à Saint-Michel – Sud Ouest du 10 mai 2008

La gouverneure générale du Canada faisait hier étape officielle à Bordeaux. Née en Haïti, elle est une militante emblématique de la diversité Par : Jean-Bernard Gilles 4980016.jpg

Il y avait deux temps très distincts, hier, dans la visite officielle à Bordeaux de son excellence la très honorable Michaëlle Jean. Tout d'abord l'audience privée au palais Rohan, dès l'arrivée de celle qui a rang de chef d'État et qui représente très officiellement Élizabeth II dans cette monarchie constitutionnelle qu'est le Canada. On saura juste que le maire de Bordeaux a évoqué avec ses hôtes les questions de francophonie et les débats relatifs à l'identité des minorités dans la cité. Impossible alors d'entendre ni même d'entrer en contact avec ce symbole ultime et convaincant de l'intégration à la canadienne, entourée de sa garde rapprochée et d'une quinzaine d'agents de sécurité, parisiens et canadiens, pour l'essentiel. On apprendra quand même que la gouverneure a offert au maire une superbe statuette Inuit, peuple du nord-est du Canada, en pierre du Dorset. Elle repartira avec une broche conçue par l'orfèvre médocain Roland Daraspe, actuellement exposée au musée des arts décoratifs de la ville, et un château Petrus 1981. Frissons. Mais c'est du deuxième temps de cette journée d'hier dont on se souviendra longtemps dans le quartier Saint-Michel. C'est ici que le cortège officiel de 12 voitures, surveillé depuis l'arrivée à Mérignac Aéroport par une soixantaine de policiers, laisse enfin à la gouverneure la possibilité de livrer sa vraie nature. Et c'est vrai qu'elle est rayonnante Michaëlle Jean, la cinquantaine très élégante. « Je carbure à l'optimisme », dit-elle avec un sourire sincère, authentiquement soucieux de l'autre. Aux côtés d'Alain Juppé qui la guide dans le quartier et qui est aux anges, elle dialogue en espagnol avec Cerezzo, le patron des Dos Hernanos, cours Victor Hugo : « vraiment sympa », assure-t-il. Puis la gouverneure s'enquiert, après l'avoir salué dans sa langue maternelle, des difficultés d'intégration des jeunes de la communauté turque auprès du son président Bordelais, Semistan Coskun. Et fait passer un incontestable frisson d'émotion dans la salle du centre d'animation du quartier Saint-Michel, comble de représentants d'associations de tous horizons culturels et géographiques, lorsqu'elle évoque son attachement nourricier à Haïti, l'un des pays les plus pauvres de la planète, qu'elle a quitté pour le Québec, lorsqu'elle avait 11 ans. Jumelage. « Je vous salue gens de Saint-Michel », a-t-elle ensuite déclaré à ses interlocuteurs, rapidement conquis et mis en appétit par une formidable démonstration de danse hip-hop par le groupe Bordelais Animaniaxxx, l'un des tout meilleur de France. Michaëlle Jean a indiqué qu'il existait, à Montréal, un quartier Saint-Michel très proche dans sa composition multiculturelle du Saint-Michel bordelais et qu'elle était prête à faciliter toute mise en relation entre les associations et les élus des deux villes. L'information a fait mouche chez Fabien Robert, qui cherche déjà à convaincre le maire de lancer ce projet de jumelage. Elle a aussi déclaré que le dialogue interculturel suppose d'abord de mettre en avant les ressemblances entre les communautés. Elle a enfin asséné une vérité utile à réentendre. « On ne devient citoyens que lorsque l'on est écouté et reconnu. » Au programme ce matin, un colloque sur l'abolition de l'esclavage (elle est arrière-petite-fille d'esclave) et la cérémonie officielle sur les quais. Le troisième temps fort de la visite.

Fabien Robert

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